Happy Birth-COVID-Day !

Si vous suivez mon blog depuis un moment ou si vous me connaissez personnellement, vous savez que j’ai un rituel un peu particulier : je fête chaque année l’anniversaire du jour où j’ai été victime d’un accident de la route. Jusqu’à l’an passé je disais  » Je fête mon accident ! » mais cet accident n’est pas le mien. C’est un terrible événement qui m’a rendu tétraplégique. C’est un terrible événement qui a bouleversé ma vie et celle de mes proches. Mais il ne m’appartient pas, j’en suis la victime et cette année je me libère de cette responsabilité, de cette culpabilité aussi. 

L’idée de fêter cet anniversaire est arrivée rapidement. J’ai vite ressenti le besoin de marquer le coup chaque année. Mais devant la mine horrifiée de mon entourage lorsque j’évoquais cette envie, je me suis bien gardée d’en parler trop. Pourtant il ne s’agit pas de souffler des bougies ou de chanter en cœur. C’est simplement me souvenir, me recueillir, me féliciter aussi d’avoir su transformer ce drame en force de vie et d’avoir garder espoir. 

Mais cette capacité à sublimer le malheur ne peut pas effacer les moments difficiles. Et la période que nous traversons réveille des angoisses ancrées en moi depuis mes passages en services de réanimation et de pneumologie. Frôler la mort par manque d’oxygène laisse des séquelles physiques mais aussi psychologiques, à moi bien sûr mais également aux proches qui m’ont accompagné lors de ces moments. 

L’an passé à cette époque je me remettais difficilement de la grippe H1N1. J’ai cru ne jamais m’en sortir. J’ai cru mourir de cette pneumonie. J’ai cru ne plus jamais rentrer chez moi et revoir mes enfants. Imaginez l’angoisse quand on sait que ce satané Coronavirus s’attaque principalement aux fonctions respiratoires. La perspective de me retrouver à nouveau reliée à un respirateur ne m’enchante guère. Et même s’il ne touche en grande majorité que les personnes âgées, ma fragilité pulmonaire me pousse à le redouter. 

Et si je le redoute, d’autres autour de moi en ont une peur bleue, mes parents en tout premier lieu. Oh ils n’ont pas vraiment de facteurs de risque, pas de fameuses comorbidités. Ils ne craignent pas vraiment pour eux, même si bien évidemment ils n’aimeraient pas l’attraper. Non ce dont ils ont peur par dessus tout, c’est de me le donner. Ils ont peur car ils savent que cela signifie pour moi de grandes chances d’avoir une infection pulmonaire, parce qu’ils m’ont veillé chacun des jours que j’ai passé en réanimation, parce qu’ils ont partagé chacun de mes séjours à l’hôpital, parce qu’ils ont tenu ma main à chaque fibroscopie (je peux vous dire à ce propos que vous êtes des rigolos à vous plaindre pour un test PCR) (d’ailleurs Vie N2, qui a 11 ans, a effectué son 8ème test hier sans broncher, la warrior-attitude est héréditaire apparemment)(désolée je juge un peu et ma parole est loin d’être impeccable mais je suis fatiguée je crois). Ils ont vu mes lèvres bleues, mes yeux terrifiés, mon souffle court. Ils ont eu peur de me perdre trop souvent et ce virus exhume ces souvenirs douloureux. 

Alors depuis un an, eux comme moi avons décidé de nous protéger du mieux possible. Je dirais même eux plus que moi. Ils ont restreints au minimum leurs sorties et leurs interactions sociales. Ils ont choisi de s’isoler et d’attendre tranquillement que l’orage passe. On se voit de temps en temps mais on ne s’embrasse pas. On garde une juste distance. Ce n’est pas facile mais on accepte la règle du jeu. 

Ils ne s’en plaignent pas. Ils y trouvent même un certain confort, celui de profiter du calme de leurs premières années de retraite. J’ai l’impression que ça les a rapprochés dans une certaine mesure. Ils sont d’accord sur ce mode de vie temporaire et y trouvent une sorte de cohésion. Je les sens en phase et sereins, ce qui n’est pas toujours évident après 42 ans de mariage. 

Beaucoup ne partagent pas leur point de vue et je peux le comprendre. Être isolé, ne plus se toucher, ça peut être difficile. Alors rencontrez vous, embrassez vous, du moment que vous restez à 2 mètres de moi et que vous ne me postillonnez pas dans la bouche, moi ça me va. 

Là où je suis plus intolérante c’est lorsque vous devenez moqueurs et méprisants envers celui qui souhaite se protéger. Je trouve que vous manquez de respect à celui qui ne veut pas se retrouver à plusieurs lorsque vous ne le prévenez pas que vous serez 12 dans la même pièce. Je crois que si vous vous permettez de rire du « parano », du « trouillard », c’est parce que vous ne savez pas. Et je vous souhaite de ne jamais savoir. Ou peut-être un peu tiens … non je déconne. Ou pas … mais si  … oh ça va si on ne peut pas rigoler un peu … 

L’adage dit : « La liberté des uns s’arrêtent où commencent celle des autres ». Encore une fois faites ce que vous voulez mais n’obligez pas les plus prudents à vous imiter, laissez nous être paranoïaques et trouillards chez nous, raillez nous en notre absence et ne nous mettez pas face au danger auquel vous ne croyez pas. En bref arrêtez de nous casser les couilles et foutez nous la paix !

Aujourd’hui je fête 26 ans de cette seconde vie. J’ai dépassé le quart de siècle. J’aurais aimé sortir, aller faire un tour au parc, méditer un peu sous mon saule préféré, manger une glace avec mes Vies tout en respectant les gestes barrières. Mais je ne pourrai pas. Le COVID est entré chez moi. Il est entré à cause du mépris et de la moquerie. Il est entré comme un cheval de Troie. Il ne m’a pas atteint et Vie N2 prends plutôt bien le fait d’être isolée avec la console et un paquet de bonbons. J’avoue que j’ai plus de mal. 

Mes parents eux aussi font face au virus. Ce soir la fièvre est toujours présente chez eux après une semaine de lutte, la fatigue se fait plus présente et les courbatures s’installent. Je suis triste qu’ils aient été infectés malgré eux et qu’ils doivent vivre ces moments après s’être tant protéger.

Ma super Coach Virginie me dirait en ces circonstances d’arrêter de couiner et de ne pas rester juste en colère, d’être créative face à cette émotion et de sortir grandie de ce moment inconfortable, de saisir cette opportunité ! Je vais donc tenter de trouver 3 points positifs à cette mésaventure :

  1. Je garde mes Vies avec moi quelques jours de plus :-)
  2. Je vais échapper à un rendez-vous auquel je ne voulais pas me rendre. 
  3. Mon appartement est plus propre qu’un sou neuf tellement je l’ai désinfecté. 
  4. La nécessité de s’affirmer, en se donnant à soi-même sa juste valeur, est vraiment la clef !
  5. J’ai trouvé 4 points positifs, je suis trop forte :-)

Quant à mon anniversaire ? Je devais le fêter avec une amie la semaine prochaine. Boire un verre. Refaire le monde. Peut-être chialer un peu. Et surtout rire beaucoup. Ce sera pour après, après le 7 mai, quand je ne serai plus en quarantaine et que je serai certaine d’avoir échapper à ce virus. Car si tout va bien j’aurai ma première injection du vaccin le 9 mai. Il me tarde. Et en attendant je reste positive en chantonnant toute la journée « Je vais bien, tout va bien! ». Parce que je ne voudrais pas en plus me plomber le taux vibratoire !

8 réflexions sur « Happy Birth-COVID-Day ! »

  1. J’adore te lire, les choses difficiles, les choses sincères, les choses drôles… Tout y est avec cette émotion et sincérité que j’aime tant ! Merci Amelie pour ce texte. Joce

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  2. excellent article!… Et très bien écrit en plus! Je reconnais dans vos mots certains de mes états d’âme du moment! Moi aussi, j’avoue que ce virus me fait peur et je fais partie de ceux qui font très attention et qui vivent un peu planqué depuis plus d’un an maintenant…. Je suis gentiment moquée par mon entourage qui me trouve parfois excessive… Alors cela fait du bien de voir que je ne suis pas la seule à flipper!… Merci d’écrire avec tant d’honnêteté. Et en plus, votre témoignage est très touchant.

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    1. Non nous ne sommes pas seules mais peut-être plus discrètes que les « antis ». J’ose espérer que nous pourrons bientôt passer à un autre sujet !

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  3. J’ai beaucoup de mal avec ces gens qui se moquent ou ne respectent pas ceux qui veulent se protéger plus strictement qu’eux ne le jugent nécessaire… Je ne comprends pas pourquoi d’ailleurs, peut-être par peur ? ou par sentiment de toute puissance ?
    Pensées à N°2 et tes parents ! (et à toi aussi qui vit isolée d’eux…)

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  4. Happy accident day en retard. En espérant que tu pourras le fêter plus tard autour d’un verre. Dans ma famille il y a des trouillards et des complotistes et tout le monde se moque mais … se respecte héhé (oui c’est possible !).

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