Radio Nostalgie

Je suis une grande nostalgique. Du coup ce n’est pas toujours gai dans ma tête, j’ai souvent des relents d’instants passés et mon hyperesthésie (je vous laisse chercher la définition j'ai une totale flemme aujourd'hui) leur donne particulièrement corps. Je n’ai pas seulement l’image mais toute une ambiance sonore, olfactive et je ne sais quoi d’autre qui me vient à l’esprit.

Aujourd’hui des souvenirs se sont bousculés toute la journée car j’ai vendu une commode à laquelle j’étais trèèèèès attachée. Je l’ai vraiment laissée partir à contre-coeur mais ça fait partie de l’opération « TRP », comprenez Table Rase du Passé, que j’ai entamée il y a quelques temps. Cette commode (et une petite table qui résiste encore) a vu la couleur de tous mes intérieurs, depuis mes 20 ans et mon premier appartement jusqu’à mon chez-moi alsacien. Elle a été témoin de toutes mes péripéties et ses 14 tiroirs ont contenu pleins de petits bouts de ma vie. J’aime ce meuble et je suis triste de l’avoir vu partir même s’il rejoint la chambre d’un petit garçon de 4 ans. J’espère qu’il pourra y cacher ses trésors et qu’il ne la maltraitera pas trop. J’ai bien conscience que cette histoire peut faire sourire mais comme pour ma voiture en juillet dernier, j’ai versé ma larme et je vais sûrement mettre quelques jours à ne plus y penser. Adieu jolie commode, je te souhaite une belle nouvelle vie !

Entre les doigts d’un saule où il fait doux pleurer …

Le premier jour du reste de ta vie.

J’aimerais partir quelque part. Pas très loin. Au bord de l’eau. Pas forcément la mer. Ni l’océan. Il y aurait un banc sur la rive. Et un arbre. Un saule. Qui pleure. Comme je les aime. Comme je les aime !


J’aimerais partir là où je pourrais m’assoir sur ce banc, les genoux repliés sous le menton, emmitouflée dans mon gros sweat, à l’abri d’un saule qui pleurerait sur mes épaules. Le long d’une eau vive, peut-être un torrent ou un simple ruisseau.
Je n’aurais besoin de presque rien. Seulement le bruit de l’eau, le souffle du vent dans les longs doigts du saule et la brume mystérieuse d’un matin de novembre. Ce serait le jour des morts, ce jour que je ne célèbre jamais ou que je ne commémore pas. Je ne sais pas vraiment ce qu’il convient de dire. Ce serait le premier jour de ce qui me reste à vivre, ou quelque chose comme ça que chantait Daho. Il y aurait la solitude et sa douce caresse. Il y aurait peut-être quelques larmes et un peu de morve. Et je ne serais pas très jolie assise là sur ce banc car je dois l’admettre j’ai la tristesse moche.

J’y songe : est-ce que ça vaudrait le coup de partir si je ne peux pas m’assoir sur ce banc? Si je ne peux pas recroqueviller mes genoux sous mon menton? Si les racines du saule qui s’emmêlent en un tas de serpents m’empêchent d’approcher des longs doigts qui se balancent? Si le torrent est sorti de son lit et qu’après son passage il n’a laissé que de la boue où je m’enliserais? S’il y a des gens aux alentours pour briser le silence. Et si ce presque rien qui suffirait à libérer le flot qui me submerge n’arrive jamais à m’atteindre? Est ce que ça vaudrait la peine?

Je veux vivre ce moment comme je l’imagine. Je ne veux pas de compromis. Je ne veux pas appeler un quelconque numéro pour m’assurer de l’accessibilité du lieu. Je ne veux pas chercher les toilettes adaptés les plus proches. Je ne veux pas m’approcher de l’eau sous le regard de badauds curieux. Je ne veux pas me sentir observée, pressée, par l’accompagnante qui attend dans la voiture. Je ne veux pas partir quelque part, pleurer sous les doigts d’un saule, si ce doit être préparé, millimétré, dépouillé de toute magie et de spontanéité. C’est peut-être un de mes derniers caprices, refuser d’organiser ce moment, de l’ajouter à mon planning, d’élaborer la liste : trouver un banc au bord de l’eau, un arbre qui pleure, le tout adapté aux PMR. Je veux le garder à moi, en moi, comme un précieux souvenir qui n’a jamais existé.

Mon Journal de Gratitude #9

C’est un phénomène étrange l’écriture. Lorsque je rédige un billet, je l’oublie presque systématiquement dans les heures qui suivent. Je ne me souvenais plus par exemple que j’avais parlé des fantômes dans mon dernier Journal de Gratitude et je les ai quasiment découvert en le relisant ce matin. J’ai souvent besoin de relire mes billets pour savoir où j’en suis. Peut-être que ça n’arrive qu’à moi d’oublier ce que j’écris. Et c’est la même chose avec les films que je regarde. J’en ai vu certains à plusieurs reprises en ayant l’impression de les redécouvrir à chaque fois. Seuls les livres imprègnent ma mémoire. Sûrement parce que la lecture appelle l’imagination et oblige à ressentir bien plus intensément les histoires. Les films sont du prémâché, ils donnent des sensations bien sûr, appelle à réfléchir ou à s’indigner mais sans aucune mesure avec la lecture. Du moins de mon point de vue. Heureusement je ne perds encore pas la tête et hormis mes écrits et les films, mes souvenirs sont intacts. Des plus jolis aux plus durs. Et à la veille d’un grand changement de vie, je m’applique à en fabriquer des milliers à mes lionnes, qu’elles emportent avec elles un petit bout d’ici et de ceux qui l’habitent.

Je réfléchis donc à mon neuvième Journal de Gratitude. Je crois que c’est un record d’assiduité, moi qui ai du mal à tenir un engagement sur le long terme. C’est une première raison d’être reconnaissante, envers moi-même en toute humilité. La seconde raison est la disparition des fantômes. Ils sont repartis comme ils sont venus, emportant avec eux les angoisses, les maux du ventre et la nappe de brouillard, laissant apparaitre le ciel bleu qui est toujours là finalement même si parfois on l’oublie, comme les films qu’on regarde ou ce qu’on écrit …

En me retournant sur cette semaine écoulée je ne peux donc qu’être reconnaissante et établir la liste (toujours non exhaustive) de ce pourquoi j’éprouve de la gratitude :

– la fiesta de petite soeur-soeur qui devient grande et qui m’a permis de (re)voir pleins de gens chouettes.
– la kermesse de l’école de p’tite lionne pour les mêmes raisons.
– ce week-end entre deux maisons qui laissera de merveilleuses empreintes dans nos mémoires.
– la confiance qu’on me témoigne sur des projets plus qu’enthousiasmants.
– ces gens chouettes du monde des blogs, leurs petits coeurs et leurs commentaires.
– les interminables discussions qui vont du sens de la vie à comment utiliser la ricotta en cuisine.
– et les ‘je t’aime’ en pagaille de mes essentielles.

Ce sera bref pour cette fois, j’ai un bouquin à terminer avant le blues du dimanche soir. Très belle soirée et prenez soin de vous <3