Dans ma peau d’handicapée

J’ai enfilé il y a dix-sept ans une peau qui n’était pas la mienne. Comme un compagnon dont on ne peut se défaire elle me suit depuis, tantôt fine et légère, tantôt lourde et épaisse mais jamais absente, jamais invisible. 
 
Au fil du temps les coutures fragiles se sont épaissies, des boutons solides ont remplacé les frêles épingles et cette peau inconnue a fait corps à corps avec mon cuir d’adolescente. Les bobines se sont dévidées une à une, tissant le costume de ma vie. La grise soucieuse. La marron triste. La verte optimiste. La rouge amoureuse. La rose fillette. Ah je l’ai eu en double celle ci … La noire dépression est encore pleine et côtoie les ciseaux au fond du panier. 
 
Maintenant ma jolie peau d’avant a disparu sous une épaisse couche de couenne. De la couenne d’handicapée. De la couenne parfois dure à porter mais qui devient familière et dont on finit par s’accommoder. De la couenne cousue aux couleurs de mon histoire. 
 
C’est en visionnant l’émission « Dans la peau d’un handicapé » que j’ai pensé à la mienne, de peau. J’aimerais bien en changer de temps en temps  comme les trois courageux de ce programme. Mais si il le fallait vraiment qui voudrait enfiler mon cuir ? Je veux dire, pour de vrai. Pas juste pour faire le mariole en boite de nuit et s’apercevoir combien le handicap attire les filles. Pas juste pour constater que le shopping en fauteuil roulant, ça craint parce qu’on ne peut pas aller dans toutes les enseignes. Non pour de vrai. Perdre tout ce qu’on est pour se réveiller un matin dans cette nouvelle peau. Cette peau pleine de plis. Cette peau qu’on ne peut plus toucher, laver, caresser, bouger ou voir. Cette peau qui n’a même plus votre odeur. Cette peau trop grande, trop moche, trop molle. Cette peau qu’on doit livrer aux autres pour ne pas qu’elle s’abîme. Ma peau quoi … A vrai dire je ne l’échangerais pas car je ne souhaite à personne d’avoir à la porter, ma peau.
Mais rassurez vous en ce moment mon aiguille coud des points bleus. Des points bleus espoir. L’espoir d’en prendre plein la tronche et plein la vie. L’espoir de trouver une place dans tout ce chahut ambiant. L’espoir aussi d’apprendre à coudre à d’autres qui récupèrent des peaux qui ne sont pas les leurs.

9 commentaires sur “Dans ma peau d’handicapée

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  1. Chère Amélie
    Que tout ces points bleus devienne pour toi un ciel remplie de joie et de paix. Que dans tout ce chahut ambiant ta joie puisse se déverser en un torrent de fleures pour tout ceux qui ont faim sans espoir pour demain.
    Amélie, merci d'avoir ouvert mes yeux, même si parfois les larmes en cache la couleur….
    bisous des montagnes

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  2. Pas fière la Mu pour laisser un commentaire après ces touchantes et profondes métaphores qui te reflètent à merveille. Ta plume s'affine constamment, comme si tu laissais enfin le robinet de ton cœur s'ouvrir peu à peu. Tu t'ouvres et te délivres, tu t'offres et te libères ! Si proche de toi, j'occupe une place privilégiée pour m'en désaltérer, m'en gargariser et quel nectar ! MaMélie, si précieuse…

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  3. bonjour mon Ange

    Tu sais que ta peau est la plus belle des fleurs ? Mais si mon ange…
    l ' arrose.
     » l ' important c ' est la rose , l ' important c ' est la rose , l ' important c ' est la rose crois moi  » . Gilbert Bécaud .

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  4. A mon anonyme du 8 mars : un petit goutte à goutte pour l'instant mais le temps n'est pas loin où les vannes vont s'ouvrir … reste à éviter l'inondation !

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  5. A mon anonyme du 9 mars : un peu embarrassée car je crois reconnaître une plume mais pas certaine à 100% … dans le doute je m'abstiens et remercie l'inconnu :)

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  6. Chère Amélie ,j'ai rencontré ce soir des personnes formidables qui partage avec un petit village du Bénin leur connaissance nord/sud. Ils finance de petit barrage , construise des écoles, creuse des puits et tant d'autres choses!
    Ce sont des personnes simples de mes propres montagnes qui sont très engager dans le social humanitaire .
    Quant Ils me parles des personnes en handicaps en Afrique, alors depuis que je te connais je ne me sens plus seul pour leur répondre . Je sais que tu est Là avec Mu pour me soutenir et je t'en remercie humblement.
    La richesse de nos journée de partage n'est pas vaine , crois mois !!
    Ton fervent admirateur
    jean-Claude

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  7. Je lis ta note aujourd'hui après quelques jours un peu décousus pour moi. C'est une très belle note, une note pleine peau, à coeur ouvert. En témoignant comme tu le fais en racontant ton patchwork coloré je suis sûre que tu vas donner envie à plus d'un d'en découdre avec la vie ! Et si tu veux lire un très joli roman je te conseille de lire « Le coeur cousu » de Carole Martinez, toute une histoire de fils … des bisous

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