Ses ailes de géant l’empêchent de marcher …

Le corps fatigué, l’esprit embrumé, mon ventre se tord, symbole de mon impatience à ne savoir que faire. Ecrire, lire, regarder, écouter, rien ne suffit à ôter cette vilaine sensation d’inutilité. Je roule d’une place à l’autre en tentant de trouver comment occuper mon esprit assoiffé d’une eau hors de portée. Je veux faire, produire, créer.  Je veux vivre ce pourquoi je suis là. Je ne veux plus attendre. J’ai les ailes entravées, ligotées, brisées. Elles pendent à mes côtés, noires de poussière, usées à un point tel qu’elles semblent faites de dentelle.

Il n’en est pourtant rien.
 
Mes ailes étaient solides, blanches, éclatantes et bien ancrées dans mon dos. En plein envol, je les ai froissées dans un fracas assourdissant, écrasées sous un amas de tôles, broyées par mon inconscience. Si les ailes trop grandes du goéland de Baudelaire l’empêchent de marcher, c’est le poids des miennes, inertes,  qui m’empêche d’avancer. Comme lui, si majestueux dans les airs et si gauche sur terre, j’ai l’impression de ne plus être à ma place, animal inutile au milieu des hommes, hors du temps, hors du monde, hors de tout.
 
Et pourtant celle que j’ai été, valide, productive, est toujours bien vivante. C’est elle qui brille au fond de mon regard. C’est elle qui survit dans chacun de mes gestes. C’est elle que je suis. Elle. Moi. La schizophrénie me guette. Qui suis-je ? Elle ou Moi ? Elle et Moi ? Nous ! Je comprends enfin.
 
J’ai décidé que ce billet serait le dernier. Le dernier où mon corps et moi sommes séparés. Le dernier aussi à dégueuler mes doutes, à vomir mes angoisses. Mes ailes ne me serviront peut-être plus à voler, mais elles sont toujours là, fragiles certes, mais toujours là et bien ancrées dans mon dos. Je vais les dépoussiérer, les raccommoder soigneusement et les fixer pour toujours à mon vieux cuir de sale handicapée. Déployées, elles ne me serviront certainement plus à m’élever mais à quoi bon voir le monde d’en haut quand tout est si merveilleux en bas.

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