Restons chez nous !

J’étais persuadée qu’une épreuve comme celle que nous traversons en ce moment éveillerait, stimulerait voire exacerberait ma créativité. Je pensais être philosophe et spirituelle. Je croyais savoir prendre les choses avec recul et sagesse. Ces dernières semaines m’ont démontrées tout le contraire et comme après un traumatisme, je me suis surprise à traverser malgré moi des phases telles que le déni, la colère ou la tristesse. J’ai été sidérée aussi. Ma peur l’a emportée sur mon éternel optimisme.

Il faut dire que j’ai vécu le début de l’épidémie en France dans un contexte très particulier. Alors qu’étaient annoncés les premiers cas de personnes atteintes par le coronavirus, je me trouvais à Paris sur le site de l’hôpital Bichât, là où justement ces patients étaient accueillis. Qu’est ce que je faisais là bas ? Et bien en décembre dernier je me suis inscrite à l’université Paris Diderot avec pour objectif d’obtenir un DU qui fera officiellement de moi une personne experte des situations de handicap. Et si la majorité des cours sont dispensés à distance, nous avons quelques sessions en présence physique et elles se déroulent sur le site de l’hôpital Bichât.

Le 26 février au matin je prenais donc gaiement le chemin de l’école et je n’avais absolument pas peur. Je m’étais persuadée que nous échapperions à ce virus et que même si je l’attrapais je serais assez forte pour le vaincre. D’ailleurs je me sentais tellement balèze depuis plusieurs années que je ne me faisais même plus vacciner contre la grippe. J’étais invincible !

Le 26 février au soir je rentrais fébrile de cette première journée de cours passée à tousser et lutter pour reprendre mon souffle. Cela faisait plus de trois ans que je n’avais pas eu de problèmes pulmonaires et il a fallu que ça arrive ce jour là, à cet endroit là, en pleine épidémie du virus le plus flippant de l’univers. Je devenais une personne fragile, vulnérable.

Je vous rassure je n’ai pas eu le Coronavirus. J’ai par contre attrapé la grippe H1N1, celle qui nous avait tant fait peur il y a 10 ans. Je me souviens de mon angoisse incontrôlable à l’époque, terrifiée que mon bébé de 4 mois ne la contracte et n’y survive pas. Je ne savais même pas qu’elle existait encore et qu’elle pouvait être aussi violente. En une journée je me suis retrouvée KO technique et ce que j’ai pris au départ pour une bronchite s’est révélée être une pneumonie. Cette saloperie de grippe s’est directement attaquée à ma petite capacité respiratoire. Après avoir été rapatriée en ambulance et être restée chez moi cinq jours sans amélioration, j’ai fini par être transportée aux urgences de Strasbourg dans une ambiance surréaliste, complètement paniquée à l’idée d’être contaminée et de ne jamais pouvoir revenir auprès des miens. Je me suis sentie si fragile que je me suis recroquevillée sur moi-même, épuisée au point de ne plus pouvoir parler, me concentrant exclusivement sur le souffle qui me manquait, horrifiée à l’idée qu’on puisse choisir qui sauver entre d’autres patients et moi. Surtout qu’à ce jeu là j’ai perdu d’avance, le choix sera vite fait. Et même aujourd’hui, alors que je respire très bien depuis plus d’une semaine, je reste tétanisée à l’idée de choper ce virus et de rejoindre les statistiques.

Si ce séjour à l’hôpital a été le plus angoissant de ma vie, et j’en ai quelques uns à mon actif, il m’a aussi confirmé s’il le fallait encore que malgré le manque d’effectif, le stress et la pression de la crise qui arrivait, le personnel soignant a été présent et rassurant. Beaucoup diront que c’est normal, que c’est leur boulot. C’est vrai. Il n’empêche que je reste admirative de celles et ceux qui se mettent au service de la santé et du bien-être des autres, parce que ce sont des métiers que personnellement je n’aimerais pas exercer. J’ai de l’empathie pour elles, eux et les difficultés de leur travail tout comme elles, ils en ont pour leurs patients. Et sans les ériger au rang de héros, je tenais à les saluer.

Je suis rentrée chez moi le jeudi 12 mars. J’ai retrouvé mes filles que je n’avais pas vu depuis 10 jours et mes parents venus m’accompagner et assurer la logistique du quotidien. Le soir même, et avec l’accord du papa de mes lionnes, nous avons décidé de nous confiner tous les cinq quelques jours avant l’annonce officielle du gouvernement. J’ai de la chance que mes parents soient présents car j’ai ainsi pu stopper les allées et venues de mes auxiliaires de vie et limiter les risques de faire entrer le virus à la maison. Ce n’est malheureusement pas le cas pour beaucoup de personnes dépendantes, tributaires de leurs accompagnant(e)s et sans aucun doute stressées du risque accru de propagation du virus.

Aujourd’hui 5 avril nous en sommes à notre 24ème jour de confinement et jusqu’ici tout va bien ! Chassez le naturel, il revient au galop, j’ai recouvré mes forces et retrouvé mes esprits. Mes idées se remettent en place et bien que je sois plus vulnérable que jamais, je ne veux pas me laisser envahir par la panique. Pourtant il y aurait de quoi … car si pour la majorité des gens le confinement prendra bientôt fin, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à toutes les personnes à risque. Tant qu’un traitement réellement efficace ou un vaccin ne seront pas trouvés il nous faudra vivre avec une vigilance de chaque instant et les mesures barrières seront notre quotidien. J’ose espérer que les plus forts sauront prendre soin des plus faibles en restant raisonnables et que nous ne soyons pas submergés par une seconde vague … mais quand je vois le monde dehors aujourd’hui j’avoue que je m’inquiète un peu.

J’imagine que pour la plupart d’entre vous ce confinement est difficile. Vous avez l’habitude d’agir comme bon vous semble, d’être libres de vos mouvements. Pour moi il est bien moins compliqué. Confinée dans mon corps depuis longtemps, j’ai appris la patience et le temps qui s’écoule lentement. Je sais rester chez moi à cause d’une météo capricieuse ou d’une fatigue passagère. Alors pour un virus comme celui là je ne me fais pas prier. Et je compte rester chez moi encore un bon moment … En bref les plus vulnérables comptent sur vous alors RESTEZ CHEZ VOUS !!!

Pour terminer ce billet un tantinet brouillon je vous partage l’illustration tout en amour que m’a concoctée Camille Ruzé, qui mettra en images quelques uns de mes futurs mots. Je vous invite à visiter son site pour découvrir son travail : https://camilleruze.com

Et en attendant de vous retrouver ici ou ailleurs je vous souhaite un bon dimanche ensoleillé chez vous ❤️

Auteur : amelimellow

Femme et maman en situation de handicap, je livre ici mes états d'âme, mes pensées, mes coups de coeur et mes coups de gueule, sans concession ni langue de bois.

11 réflexions sur « Restons chez nous ! »

  1. Ravie de savoir que tu fais partie de la seconde promo du DU PESH ! Je fais partie de ceux qui ont essuyé les plâtres l’an dernier . Il y a eu une session vidéo cette semaine , au plaisir de te rencontrer lors des suivantes 😉

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  2. Bravo pour ce nouveau challenge ! Une vraie battante ( mais ça je l’ai toujours vu en toi ).
    Je suis hyper heureuse de pouvoir te lire comme d’habitude…
    Prends bien soin de toi et de tes lionnes.
    Bisous

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  3. Quelle joie de te lire à nouveau ! La grippe H1N1 existe encore ? Raaaaah heureusement tu l’as vaincue 💪 Tu es toi aussi une lionne Héhé rien de plus normal ! Très joli dessin, tout en tendresse.

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  4. Hello Amélie,

    heureuse de te lire à nouveau :) Tu es guérie, ouf. Il y a des élans et des liens de solidarité qui se tissent tous les jours, dans ma région du Nord comme dans tellement d’autres ; cela prouve que s’entraider n’est pas un vain mot pour tous et qu’il faut que tu continues à y croire ! On se sent tous vulnérables, et cette expérience partagée devrait aider à changer les regards. Prends bien soin de toi, à bientôt !

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