KÔKUN : l’estime de soi comme outil d’émancipation

Demain à cette heure-ci, nous inaugurerons KÔKUN, une expérience portée par Florence Schaeffer1 et développée au sein de l’association À Corps de Soi2, chez GLIM3, à Strasbourg.

KÔKUN est un lieu de reconnexion à soi, à travers le corps, l’image et l’estime de soi. Un espace pensé pour toutes les femmes, quels que soient leur parcours, leur histoire ou leur rapport à elles-mêmes.

On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’une soirée entre femmes, douce et chaleureuse. Une soirée où l’on prend soin de soi, où l’on se retrouve, où l’on respire un peu. Et ce sera aussi cela, bien sûr.

Mais KÔKUN est bien plus qu’un moment agréable. C’est un engagement auprès de toutes les femmes qui doivent lutter chaque jour pour reconstruire leur estime d’elles-mêmes.

Quand le regard des autres abîme l’image de soi

Je suis devenue tétraplégique à 16 ans. À cet âge-là, on est censée apprendre à devenir une femme, à habiter son corps, à découvrir ce qu’on aime ou non, ce dont on a envie, et quelles sont nos limites. On est censée prendre sa place. 

Ça n’a pas été mon cas.

Au lieu de tout cela, j’ai découvert la dépendance et ce qu’elle implique. Les soins, les gestes, les regards. Les limites imposées par un monde qui n’avait pas été pensé pour moi. Et surtout, un monde qui me réduisait déjà à mon handicap, comme il continue encore trop souvent de nier que je suis aussi, et surtout, une femme.

Après mon accident, je n’ai pas seulement dû apprendre à vivre avec un corps différent. J’ai aussi dû apprendre à vivre avec ce que les autres projetaient sur lui : la fragilité, la déficience, le manque, la gêne ou, parfois, l’admiration excessive. Comme si je devais choisir entre être misérable ou héroïque. Mais rarement juste une femme.

Je me souviens d’une de mes premières sorties après l’accident. J’avais le crâne rasé. J’étais en jogging. Mal installée dans mon fauteuil. Mon corps ne ressemblait plus à celui que j’avais connu. Deux mois plus tôt, j’étais une jolie jeune fille avec de longs cheveux bouclés. J’étais en jean-baskets. Bien campée sur mes deux jambes.

Ce jour-là, j’ai croisé quelqu’un qui me connaissait depuis toujours. Après notre rencontre, il a dit à une amie que je lui faisais pitié. JE LUI FAISAIS PITIE. Cette phrase m’a profondément blessée . Elle m’a accompagnée pendant des années. Je n’ai plus jamais fait de promenade dans mon village. Le peu d’estime que j’avais encore pour moi s’est effrité davantage.

Et j’ai pensé que c’était ma faute.

L’estime de soi n’est pas une affaire individuelle

L’estime de soi est souvent présentée comme une affaire intime. Quelque chose qui relèverait du mental, du développement personnel ou de la capacité à apprendre à apprécier qui l’on est. Mais comment s’aimer dans un monde qui vous renvoie sans cesse que vous êtes trop fragile, trop dépendante, trop compliquée, pas assez autonome, pas assez désirable, pas assez conforme ?

Pourtant, l’estime de soi n’est pas un luxe. Elle est une condition essentielle pour pouvoir exister pleinement, prendre sa place, faire des choix, poser des limites, demander du soutien, refuser ce qui abîme et se sentir légitime à être respectée.

Pour beaucoup de femmes, et plus encore pour les femmes en situation de handicap, l’image de soi se construit dans un environnement qui renvoie trop souvent à ce qu’on n’est pas, à ce qu’on n’est plus, à ce qu’on ne sera jamais.

Et c’est précisément là que réside le problème.

Une personne à qui l’on a appris qu’elle vaut moins, qu’elle gêne, qu’elle doit s’adapter, qu’elle doit être facile à accompagner, aura plus de difficultés à reconnaître les situations de violence, d’emprise ou de négligence. Elle aura aussi plus de difficultés à dire non, à partir, à alerter, à être crue.

Se reconstruire pour pouvoir dire non

Travailler l’estime de soi, ce n’est donc pas seulement se faire du bien. C’est reconstruire un rapport plus juste à son corps, à sa parole, à ses désirs, à ses limites et à ses droits. Dans la lutte contre les violences, on parle souvent de protection, d’accompagnement ou de signalement. Tout cela est indispensable. Mais il faut aussi créer des espaces où il est possible de retrouver de la confiance, de la clarté et du lien. De retrouver sa puissance en tant que femme.

Parce qu’on ne peut pas toujours se défendre quand on a été dépossédée de soi.

KÔKUN s’inscrit dans cette conviction : l’autodétermination ne se décrète pas. Elle se cultive. Elle se soutient. Elle est rendue possible par des actions où l’on est accueillie sans jugement, où l’on peut expérimenter une autre manière d’être regardée, accompagnée, écoutée.

Chez GLIM, nous voulons ouvrir ces espaces-là.

Des espaces pour celles qui n’osent pas encore prendre la parole.

Des espaces pour celles qui ont trop longtemps été réduites à leurs difficultés.

Des espaces pour celles qui ont besoin de retrouver une image d’elles-mêmes plus digne.

Des espaces pour transformer l’intime en force collective.

Alors oui, vendredi, il y aura de la douceur. Il y aura des sourires, des échanges, un verre partagé.

Mais derrière tout cela, il y a une intention forte : rappeler que prendre soin de soi peut être un acte de résistance.

Et que renforcer l’estime de soi des femmes, notamment des femmes en situation de handicap, c’est aussi contribuer à prévenir les violences, à soutenir leur parole et à ouvrir des chemins vers plus de pouvoir d’agir.

Rejoignez-nous dès 17h30 pour découvrir ce magnifique projet et vivre une expérience unique. Nous vous attendons chez GLIM au 20, rue de l’Elbe à Strasbourg. L’occasion de faire connaissance et de tisser des liens que nous espérons solides et durables 🌸

1 : www.florenceschaeffer.com
2 : www.acorpsdesoi.com
3 : www.glimstrasbourg.fr

Le Pack des 3 P

Avoir un handicap physique, et en particulier se déplacer avec un fauteuil roulant, semble être un laissez-passer pour toutes celles et ceux qui ont un avis à donner sur la situation. Régulièrement des personnes inconnues m’abordent, sans préambule, parfois sans même un bonjour, et me servent ce que j’appelle le pack des 3 P : Pitié. Projection. Piédestal.

Ce pack se compose presque toujours des mêmes phrases :
“Quel dommage…” (pitié)
– “À votre place, je ne pourrais pas…” (projection)
– “Vous êtes vraiment courageuse.” (piédestal)

Et ce pack ne vient pas d’un profil type :
Il peut s’agir d’une dame âgée qui va tenir fort mon bras. Ou d’un quadra assis en face de moi dans le tram. D’une voisine qui voulait me parler depuis longtemps mais qui n’osait pas. Ou du vigile d’un magasin que je vois pour la première fois. Parfois, il s’agit d’un professionnel de santé ou d’une intervenante du médico-social. Et c’est plus embêtant.

Si je vous raconte ça, ce n’est absolument pas pour blâmer ou culpabiliser qui que ce soit. Je le dis parce que ce n’est pas une faute individuelle, c’est une construction sociale. En France, le handicap est encore raconté sur un mode négatif : le manque, la tragédie, la dépendance et nos existences qui seraient à réparer à tout prix pour correspondre à la norme.

On a tous grandi avec ce filtre, moi la première. Avant mon accident, je n’avais aucune idée de ce qui se jouait juste à côté de moi. Je ne me préoccupais absolument pas des questions de handicap. Sans aucun doute j’ai été maladroite, voire blessantes parfois. Et ce filtre influence nos mots, nos réflexes et notre façon de penser l’autre dans sa diversité. 

Dans le champ du médico-social, ces préjugés peuvent pousser à accompagner une idée du handicap au lieu d’accompagner une personne avec son histoire, ses choix, ses besoins, ses désirs et ses limites. En bref sa complexité. Je crois fermement qu’on peut modifier ce récit du handicap sans culpabilité ni jugement, en se donnant un espace pour observer nos automatismes, les comprendre et les désamorcer.

Le 13 mars prochain, j’organise avec mon association À CORPS DE SOI une journée de réflexion et de mobilisation intitulée « Être une femme en situation de handicap en 2026 : quels freins, quels enjeux, quels défis? ». À destination des professionnel.les du médico-social mais aussi des femmes concernées, leurs proches et du grand public, cet évènement a parmi ses objectifs de déconstruire ces stéréotypes et de proposer des leviers d’action concrets pour que ce pack des 3P ne sois plus qu’un mauvais souvenir.

Cette journée qui mettra à l’honneur, le parcours de 4 femmes en situation de handicap est organisée en partenariat avec le Centre Ressources INTIMAGIR Grand-Est et soutenue par la Région Grand-Est qui nous accueillera dans ses locaux de Strasbourg. N’hésitez pas à visiter la page de l’évènement si vous souhaitez en savoir plus. Ça se passe ICI !

SEEPH 2025 : le changement c’est maintenant !

La 27ème édition de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH) touche à sa fin. L’occasion pour moi de vous partager mon expérience, ma réflexion et mes projets concernant l’emploi des personnes en situation handicap.

Mireille, la star des conseillères !

En 1998, autant dire, il y a une éternité, j’ai rencontré Mireille dans les bureaux de l’Agence Nationale Pour l’Emploi à Grenoble. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, l’ANPE est la mère de Pôle Emploi, et la grand-mère de France Travail. Je venais lui expliquer mon projet, celui de me former à la création de sites internet. 

Et surtout, je venais lui demander une aide financière pour compléter celle octroyée par l’AGEFIPH(1). Mireille m’a regardé d’un air condescendant, m’a expliqué avec conviction que le numérique n’avait aucun avenir et a ajouté qu’avec ce que je touchais et mes difficultés, il valait peut-être mieux rester chez moi. Ce que je touchais ? L’AAH, dont le montant est encore aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, dépassant péniblement les 1000 €. 

Ce que Mireille n’a jamais su, c’est que sa réaction a été extrêmement violente pour la jeune femme que j’étais, fraîchement accidentée et déjà consciente de ne plus appartenir au monde tel qu’elle l’avait connu. J’ai pris ces paroles pour argent comptant et je suis restée chez moi. Longtemps. Jusqu’à ce que je décide non pas de travailler mais de m’engager bénévolement dans plusieurs associations.

Ça a réparé un peu les choses. Mais aujourd’hui encore je me sens frustrée, triste et en colère aussi de n’avoir pas su rebondir, m’imposer, oser prendre ma place.


Travailler, c’est appartenir !

Dans notre société, le travail est un passeport social. C’est ce qui donne une place, une utilité, une reconnaissance. Travailler, c’est prouver qu’on “sert à quelque chose”. Combien de fois m’a-t-on demandé « Tu fais quoi dans la vie ? » sans que je ne sache très bien quoi répondre. Parce que je ne travaillais pas vraiment. Je n’avais pas de formation. Je n’avais pas de salaire. Alors souvent je disais. : rien. Et la discussion se terminait là.
Quand on vit avec un handicap, travailler se transforme souvent en parcours d’obstacles. Entre les préjugés, les bureaux inaccessibles, les logiciels non compatibles, les doutes sur la “fatigabilité”, les entretiens où l’on vous félicite d’être “courageuse” au lieu d’être compétente… le travail devient un combat quotidien. Selon l’Insee, le taux d’emploi des personnes handicapées reste inférieur à 40 %, contre près de 70 % pour les personnes valides. Et parmi celles qui travaillent, beaucoup sont cantonnées à des postes précaires ou sous-qualifiés.


DuoDay, la fausse bonne idée !

Chaque année, pendant la SEEPH, on célèbre l’inclusion à grands renforts de campagnes et de hashtags. Le fameux DuoDay(2) en est l’exemple parfait. Une personne en situation de handicap passe une journée dans une entreprise où elle fait souvent figure de symbole. Sur le papier, l’idée est belle. Créer des rencontres, changer les représentations, ouvrir des portes. Mais dans les faits, combien de ces duos débouchent sur un vrai emploi ? Combien se transforment en engagement durable ? Le DuoDay devient une pièce de théâtre où chacun.e joue son rôle pour la photo LinkedIn. Le dirigeant fier de “faire sa part”, la personne handicapée “heureuse d’avoir été accueillie” et l’entreprise “engagée pour la diversité”. Le lendemain, les portes se referment, les hashtags se perdent dans le fil d’actualité et rien ne change vraiment.


L’inclusion n’est pas une case à cocher

Cette fameuse inclusion dont on nous rabat les oreilles depuis des années est trop souvent un dispositif, une mesure à appliquer, un chiffre à atteindre. L’inclusion véritable est une culture. Elle suppose de repenser la manière dont on conçoit le travail, la productivité, la présence, la norme. C’est accepter que la singularité et l’adaptation fassent partie de la richesse d’un collectif. Il ne s’agit pas d’“insérer” des personnes handicapées dans un système rigide, mais de transformer ce système pour qu’il reconnaisse la pluralité des corps, des rythmes et des manières de penser et d’interagir.


Maintenant, c’est moi qui forme les Mireille !

Mireille n’était pas méchante. Elle était juste le produit d’une logique, celle qui pense qu’aider, c’est orienter vers le plus simple, le plus sûr, le moins dérangeant. Et derrière chaque Mireille se cache la société entière, convaincue de “bien faire” tout en continuant à exclure.
Après des années de bénévolat, j’ai décidé de m’asseoir de l’autre côté de la table. Ce lundi 24 novembre va débuter une nouvelle aventure, celle de l’entreprenariat. Je vais concevoir et animer des formations sur les représentations du handicap, les postures professionnelles et le validisme ordinaire. J’espère contribuer au changement et voir les certitudes vaciller.
Je me dis que c’est peut-être là que l’inclusion commence vraiment : quand une Mireille écoute autrement, quand une institution accepte de se remettre en question, quand on passe du discours à la transformation. Parce qu’au fond, le vrai travail pour moi, c’est celui-là.

(1) AGEFIPH : Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (https://www.agefiph.fr)
(2) SEEPH : Semaine pour l’emploi des personnes handicapées (https://www.semaine-emploi-handicap.com)

Quand l’amour soigne : vivre le couple quand son conjoint est aussi son aidant 

Je suis tétraplégique depuis l’âge de 16 ans. Cela fait trois décennies que mes proches sont aussi, par la force des choses, mes aidants naturels. J’ai écrit en début de semaine un article sur le rôle particulier des enfants qui deviennent les aidants de leurs parents et combien il est urgent de s’emparer du sujet.

À l’occasion de la Journée Nationale des Aidants, j’aimerais aussi partager quelques mots sur la relation de couple lorsque l’un est l’aidant de l’autre. J’ai eu des histoires au cours desquelles les rôles étaient tellement confondus qu’il n’a pas été possible de les continuer. L’expérience me permet aujourd’hui de donner des pistes à celles et ceux qui vivent cette situation particulière.  


J’ai rencontré mon amoureux il y a deux ans et demi. À la maison il est …. mon mari ! Mais à certains moments de la journée, il est aussi mon aidant. Sa main qui cale l’oreiller pour éviter une contracture, son regard qui devine la fatigue avant moi, son planning qui jongle entre ses horaires et mes besoins. Il est infirmier de profession et nous avons dû apprivoiser sa double casquette : amoureux et soignant. L’équilibre ne tombe pas du ciel, il se construit. Et c’est un travail à plein temps si on veut préserver son couple.

En France, 9,3 millions de personnes aident régulièrement un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie, dont 8,8 millions d’adultes et 500 000 mineurs. Beaucoup vivent avec la personne aidée et dans les couples, la ligne entre amour et soin est donc souvent franchie (1). La moitié des aidants sont aussi actifs professionnellement : c’est une gymnastique quotidienne entre travail, rendez-vous, imprévus et vie de couple.

(1) Drees


Ce que nous avons compris depuis notre rencontre

Au départ tout est beau et neuf. On se laisse surprendre par ce nouvel élan amoureux et on ne pense pas à mettre immédiatement des limites. Mais rapidement tout se mélange. Lui est prêt à tout endosser pour passer un maximum de temps ensemble. Moi j’essaie de poser des limites sans froisser ni donner l’impression de le rejeter. Des incompréhensions peuvent s’installer et abîmer la relation naissante. C’est là que plusieurs sujets doivent être aborder :

  • Le temps : bien que ce ne soit pas toujours confortable, il est nécessaire de ritualiser : heures “soin”, heures “nous”. Le handicap impose son propre rythme et laisse peu de place à la spontanéité. Cela peut devenir frustrant et il est plus que nécessaire de pouvoir l’exprimer.
  • Le langage : la communication est la clef de la réussite. On invente une nouvelle façon de communiquer, propre à son histoire. Des mots clefs surgissent : “pause pro”, “je reviens à toi”, « mode soin enclenché » pour dire : là, on arrête le mode soin, on revient au couple. Et vice-versa. 
  • La place du corps : un même geste (déshabiller, mobiliser) peut être technique à 8 h et sensuel à 20 h. On apprend à changer de registre, à nommer ces revirements de situation et surtout à en rire.
  • Le consentement : même quand on s’aime, on ne fait pas “pour” l’autre, on fait “avec”. On sdemande : est-ce que tu veux que ce soit moi ? maintenant ? comment ? Parfois on peut penser qu’il est plus simple ou plus rapide de faire à la place de l’autre. Mais rien n’est plus précieux que de laisser à son amoureux.se la liberté de ses choix.

Quelques garde-fous que nous avons trouvés pour que l’amour ne se dissolve pas dans le soin :

  • Nommer les rôles : “En ce moment je suis ton aidant”, “Là je redeviens ton/ta partenaire”. Ça a l’air simple, ça change tout. Mais il faut l’avouer ça demande une certaine gymnastique. Heureusement après quelques temps ça devient un automatisme et un simple regard suffit à passer d’un rôle à l’autre.
  • Planifier le “nous” (et le sanctuariser) : un déjeuner, une série, un massage, une balade. Des moments où nous sommes un couple et rien d’autre. Il faut parfois se forcer à planifier ces instants, ce qui au départ peut manquer de naturel et de spontanéité.
  • Consentement explicite pour les gestes intimes : qui fait quoi, quand, comment — on peut refuser aujourd’hui et dire oui demain. Nos humeurs ou l’état de notre relation peut influencer nos envies. Certains gestes peuvent parfois être exécuté par nos accompagnant.e.s et d’autres fois par nos partenaires. Rien ne doit être figé. C’est aussi une manière de ne pas tomber dans la routine.
  • Répit régulier : un après-midi seul·e, un séjour conçu pour aidant + aidé ; c’est de l’oxygène relationnel, pas un luxe (2). Prendre du temps pour soi ce n’est pas abandonné l’autre. Au contraire, il s’agit de revenir à la relation avec un état d’esprit regonfler à bloc.
  • Écoute tierce : un pro (sexologue, conseiller conjugal, thérapeute) pour démêler ce qui relève du soin, du désir, du deuil s’il y a un « avant ». Chez nous, chacun a sa psychologue avec laquelle il peut débriefer des situations compliquées.
  • Sécurité & intimité : adapter le domicile (transferts, installation) pour que la peur de mal faire n’envahisse pas le lien. Lorsque le/la partenaire n’est pas du métier et qu’il n’a jamais eu d’expérience avec le handicap, il est indispensable de le/la briffer sur nos besoins et attentes. Loin de pathologiser la relation, cela permet de se sentir en sécurité d’un côté comme de l’autre.
  • Parler intimité et sexualité sans tabou : c’est une des clés du succès ! Contrairement aux idées reçues, le handicap n’empêche aucunement de vivre une intimité et une sexualité épanouies. Comme pour le reste et peut-être même plus, la communication est essentielle.

(2) Mon parcours handicap


Quand l’aidant est aussi un pro de santé

La compétence rassure… mais l’uniforme reste au vestiaire. Personnellement, je ne voulais pas être en couple avec une personne du milieu médical. J’avais peur de la confusion des rôles et de ne pas savoir faire la part des choses. Après plus de deux ans, j’ai ajusté mon avis mais je reste toujours très prudente et en alerte : je veille à ce que notre relation ne glisse pas uniquement vers des rapports de soins. Et pour cela nous réajustons régulièrement notre fonctionnement, ce qui pour l’instant semble fonctionner. Voilà quelques astuces que nous avons mis en place :

  • On clarifie : à la maison, tu n’es pas “mon infirmier”.
  • On partage la charge : si un geste nous “colle” au rôle soignant/soigné, on délègue (quand c’est possible).
  • On veille à l’équilibre des rôles. La situation impose un jeu de pouvoir naturel : l’aidant.e est celle / celui qui peut, qui fait, qui agit. La personne accompagnée peut parfois se sentir coupable et redevable. Il est important d’avoir conscience de ce mécanisme et d’en parler ouvertement.
  • On fait attention à l’hyper-responsabilité (“je dois tout faire, je sais mieux faire”). L’amour n’est pas un plateau de soins. Et surtout la personne accompagnée ne doit pas occuper tout l’espace mental de l’autre. L’aidant.e doit pouvoir quitter le domicile sans culpabiliser ou être obnubilé par le bien-être de l’autre.

Le soin fait partie de notre vie, mais il ne définit pas notre couple. Ce qui nous tient, c’est tout ce que nous continuons à désirer et choisir ensemble : des rituels, des fous rires, des projets. L’amour soigne, à condition d’être soigné lui aussi.

Ce sujet vous intéresse et vous souhaitez en savoir plus ? Nous pouvons intervenir en couple et vous accompagner dans vos projets. N’hésitez pas à me contacter!


Quelques ressources

Chiffres officiels (DREES 2021)
Conjoints fortement exposés (CARE-M 2015, infographie DREES).
Typologie / charge ressentie des aidants (DREES : “population hétérogène”).
Solutions de répit officielles (MonParcoursHandicap)

Bipolarité et TDAH : quand les diagnostics se croisent

🧠 Aujourd’hui, c’est la Journée nationale de sensibilisation au TDAH. Et cette journée me touche de très près. Parce que c’est une réalité que je vis au quotidien. Pas seulement dans mon propre corps mais aussi dans mon foyer.

💥 Je partage mon quotidien avec un adulte et une ado qui ont un TDAH avec trouble de l’opposition avec provocation (TOP).
Autant dire que les matins sont sportifs, les discussions intenses, et la cohabitation… stimulante.
Quant à moi, diagnostiquée bipolaire à 45 ans après des années à ne pas comprendre pourquoi je fonctionnais « autrement », pourquoi j’étais épuisée, instable, ultra-réactive, souvent submergée et en sur-adaptation permanente. Ce que j’ai découvert depuis, c’est que le trouble bipolaire et le TDAH ne sont pas si éloignés. Et parfois, ils cohabitent…

👉 Le TDAH et la bipolarité partagent certains traits :
– des difficultés d’attention et de concentration
– des impulsions incontrôlées
– des émotions qui débordent
– une fatigue mentale constante
– une difficulté à rester dans les clous

🛑 Mais il y a des différences fondamentales.
=> Le TDAH est un trouble neuro-développemental, souvent présent dès l’enfance. Il est constant, même si les manifestations peuvent évoluer avec l’âge.
=> La bipolarité est un trouble de l’humeur : elle se manifeste par des épisodes — de dépression, d’hypomanie ou de manie — entrecoupés de phases plus calmes. Ce n’est pas tout le temps, mais quand ça arrive, ça bouleverse tout.

Certaines personnes vivent avec un double diagnostic. C’est mon cas. Les recherches le confirment : une proportion importante de personnes bipolaires ont aussi un TDAH non détecté. Et beaucoup de personnes TDAH passent des années sans savoir que ce qu’elles vivent porte un nom.

La cohabitation avec deux TDAH-TOP, c’est apprendre à :
– désamorcer les colères sans s’effondrer
– poser des limites mouvantes, avec une souplesse qui frôle l’acrobatie
– gérer trois fonctionnements différents en simultané
– faire de la maison un espace où chacun·e peut être soi.

C’est aussi apprendre à s’aimer dans le chaos, à créer des routines qui tiennent la route, à rire quand tout part en vrille et à reconnaître que la neurodiversité n’est pas un caprice mais une autre façon d’être au monde.

🎯 Ce que je retiens aujourd’hui
– Le TDAH ne se voit pas, mais il structure tout.
– Il n’est pas une excuse, mais un cadre de compréhension.
– Il est souvent mal compris, surtout chez les filles.
– La coexistence de plusieurs troubles mentaux chez une même personne ou dans une même famille est bien plus fréquente qu’on ne le pense.

💬 À toutes celles et ceux qui vivent cette situation :
– Non, ce n’est pas « dans votre tête ».
– Non, ce n’est pas juste une question de volonté ou d’éducation.
– Oui, vous avez le droit de chercher des réponses.

🧡 Je pense à toutes les familles comme la mienne, aux femmes qui passent sous les radars, aux enfants qui explosent parce qu’ils ne sont pas entendus et à tous les cerveaux atypiques.

Journée Mondiale du Bonheur

Mes visites ici sont sporadiques. Pourtant j’aime écrire. J’aime lire les billets postés sur mes blogs préférés. Ces activités contribuent à mon bien-être. À mon bonheur. Pourquoi alors l’écriture et la lecture se font-elles bouffées par le reste ? Sûrement que ce reste me rend lui aussi heureuse. L’associatif, le militantisme, la création. Me creuser les méninges pour sortir un visuel potable. Trouver une façon d’intéresser des futur.e.s adhérent.e.s. Contacter des potentiels partenaires. S’entassent sur mon bureau et dans le peu qu’il me reste de cerveau disponible tout un tas de « faut que » et « il n’y a qu’à ». Je les laisse pour l’instant s’empiler, je m’inquièterai quand ils seront au bord de l’écroulement. Jusqu’ici tout va bien …

Et tout va bien aller. La vie est belle et drôle à la fois. C’est clarisse Sabard qui le dit. Et moi je suis assez d’accord avec elle. La dame de la cantine me harcèle car aucun repas n’a été pris en janvier et février. C’est le temps qu’il m’a fallu pour donner un chèque de 6€ à mon ado afin qu’il puisse acheter une nouvelle carte pour la cantine. Nous avons retrouvé la carte pour la cantine égarée, soit disant introuvable, le lendemain de l’arrivée de sa soeur jumelle. Elle était dans la poche intérieure du sac moche de l’année dernière (mais qui est en parfait état, il est juste devenu moche durant l’été), en compagnie de la carte pour le bus et de la clef de la boite aux lettres qu’on pensait perdues elles aussi. En vrai elles se cachent. Ou mes enfants sont plus désordonnés que moi. C’est de famille quoi …

Depuis mon emménagement à Strasbourg je n’avais pas fait grand chose de ma vie. Enfin si. Je me suis formée à pleins de trucs pour faire pleins de choses. Oui je sais ça ne veut rien dire mais c’est comme ça que je le ressentais. J’avais l’impression d’être une entasseuse compulsive. Comme celui qui a tout un tas de bric à brac dans sa grange ou son garage. J’accumulais. Ça me faisais du bien. Et comme par magie, parce que la vie est drôle, ce sentiment de bazar s’est tout à coup éclairé. Bon sang mais c’est bien sûr ! Et depuis c’est le bonheur. C’est le bordel mais c’est le bonheur. J’erre dans les méandres des impôts et de l’URSSAF car ma situation n’est pas simple et que ce qui demande 3 clics au commun des mortels se transforme en Kho Lanta administratif. Mais je ne lâche rien. Je suis même prête à bouffer des vers plus gros que mon chien pour y arriver (c’est un chihuahua de 1,9 kg je ne prends pas trop de risques).

Alors oui célébrons cette Journée Mondiale du Bonheur ! Soyons fous ! Et pour fêter ça dignement je vous partage les visuels avec des femmes et un homme heureuses (oui je déroge à la règle, je suis heureuse, les femmes l’emportent et puis quoi ?). Si le coeur vous en dit vous pouvez adhérer à ma toute jeune association qui ne demande qu’à prendre son envol en cliquant sur ce très long lien (puisque WordPress ne veut pas insérer un lien dans un mot) : https://www.helloasso.com/associations/a-corps-de-soi/adhesions/adhesion-a-corps-de-soi-2023

Un grand merci à vous et une belle soirée de bonheur ⭐️