Et la délicatesse ? … Bordel !

Dans tous les moyens de transports accessibles aux personnes à mobilité réduite existent des places dédiées, sensées être pratiques et garantissants l’accès en fauteuil. En théorie. En pratique ce n’est pas toujours si simple. Dans les tramways strasbourgeois par exemple ces emplacements sont situés dans le sens de la marche, le long d’un côté, en première et dernière rames, là où sont également autorisés les vélos. Souvent pour accéder à ces places il faut faire déplacer la moitié des passager de la rame, pousser les vélos, enlever les poussettes et les caddies, tout ça pour être dans le sens de la route (que je n’aime pas) et devoir recommencer à bouger tout le monde cinq arrêts plus loin. J’ai donc pris l’habitude de me caler en bout, tout près de la cabine, où je peux me tenir à la poignée centrale et ne faire sortir que les deux ou trois personnes derrière mois lorsque je dois reculer. Forcément en étant à cet endroit j’occasionne une gêne relative même si je prends soin de laisser un passage. Mais j’encombre tout autant en me mettant à la place qu’on me réserve vu la taille de ma charrette. Tout ça pour dire que si je n’utilise pas ces emplacements spécifiques ce n’est en aucun cas par esprit de rébellion ou de contradiction mais bien parce que c’est plus simple pour moi.

Image d’un tramway à Strasbourg prise sur : http://www.rcstrasbourgalsace.fr/actualites/12475

Il y a quelques temps j’ai pris le tram et me suis installée dans mon petit coin. Une femme est montée à l’arrêt suivant et s’est enfilée dans l’espace entre le bout de la rame et moi. Elle a tout de suite fait remarquer aux personnes qui étaient sur les places réservées qu’elles auraient dû se pousser. Elle était dans mon dos et je ne voyais pas son visage. Je lui ai répondu que je n’avais pas demandé, que je préférais être à cet endroit. Et là ça a été une déferlante, elle a déversé sur moi un flot de colère auquel je ne m’attendais pas : « Vous avez des places spécifiques vous devez les utiliser ! », « Si vous ne respectez rien ne vous étonnez pas qu’on ne vous respecte pas ! », « Vous les handicapés vous vous croyez tout permis ! ». Je ne me suis bien entendu pas laissée faire, je lui ai répondu que si ces places existent je ne suis pas pour autant obligée de les utiliser, qu’elle a pour s’installer le tramway tout entier et qu’il lui suffirait de faire trois pas pour être à une meilleure place, qu’elle n’avait pas à me parler sur ce ton et passer sur moi sa mauvaise humeur.

Une fois la joute verbale terminée nous avons continué le trajet l’une contre l’autre, dos à dos, campées chacune sur nos positions sans vouloir lâcher, elle en allant s’assoir un peu plus loin, moi en avançant de quelques centimètres. Elle est descendue deux arrêts plus loin et j’ai pu voir son visage, fermé, tendu et comme je l’avais ressenti dans ses propos, animé d’une profonde colère.

À la station suivante je suis sortie la gorge nouée pour me rendre à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) où je suis allée retirer en urgence un dossier qui prouvera que je suis toujours en situation de handicap et ce pour la sixième fois en vingt ans. En moyenne j’ai eu à réaliser cette démarche tous les 3,33 ans. À l’accueil j’ai souri à celle qui m’avait aimablement renseignée la veille par téléphone, je l’ai remercié de m’avoir préparé le dossier, facilitant ainsi sa prise en compte et je suis partie en souhaitant une bonne journée aux personnes présentes. Celles et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas irrespectueuse. Je suis même tout l’inverse, je fais la queue comme tout le monde aux caisses prioritaires et je ne me gare pas sur une place réservée si je reste dans la voiture. Je ne profite pas de ma situation.

J’ai repris le chemin du tramway les larmes aux yeux, rejouant sans cesse le dialogue surréaliste que j’avais eu avec cette femme. J’en suis même venue à me demander si ces places ne sont pas obligatoire finalement. J’ai cherché sur internet le règlement de la CTS (Compagne des Transports Strasbourgeois) et l’article me concernant stipule ceci : « Les fauteuils roulants sont autorisés aux emplacements réservés à cet effet et sont prioritaires. » Cela sous-entend donc qu’ils ne sont pas autorisés ailleurs. Merde alors elle avait raison. Pourtant j’ai déjà été controlé en plein milieu du tramway, absolument pas au bon emplacement, sans qu’on ne me reproche quoi que ce soit. Il fallait que j’en ai le coeur net ! J’ai envoyé un message à la CTS qui m’a répondu ceci : « Si la place est libre, il est préférable de prendre cette place. Si elle est déjà occupée par un fauteuil roulant, vous pourrez vous placer ailleurs, dans la mesure où vous ne gênez pas le passage. »

C’est donc juste, je n’aurais pas dû être à cet emplacement puisque l’espace qui m’est dédié était libre. Je prendrai donc soin de m’y installer à chaque fois que cela sera possible. Pourtant bien que je salue le fait que cette place existe, quelque chose me gêne dans l’obligation de m’y mettre. D’abord parce que si les sièges juste à côté sont pris, je ne peux pas être près des personnes qui m’accompagnent. Par exemple en emmenant les lionnes à la gare aujourd’hui, j’ai voyagé sans les voir car elles sont restées derrière moi. Pas très rassurant pour la parano que je suis de ne pas avoir l’oeil sur elles. Ensuite parce qu’il y très très très souvent des personnes installées à cet endroit, et que si certaines font preuve de civisme, la plupart n’en ont rien à faire de moi. Oreillettes ou casques sur les oreilles, il faut presque leur monter dessus pour les déloger. Ce n’est pas dans ma nature de déranger les gens, je suis plutôt réservée et je dois me faire violence pour oser demander. Enfin il y a des moments où même avec la meilleure volonté du monde je ne pourrais pas accéder à ces places; trop de monde, trop de vélos, trop de personnes avec des bagages, des poussettes, des courses. Je dois bien me caser quelque part et souvent je gêne. Il est toutefois toujours possible d’entrer ou sortir par la porte suivante, à trois mètres mais il semble que ce soit vraiment compliqué pour certain-e-s. Et puis j’estime aussi être libre de me mettre où je veux dans la mesure où je laisse le passage. Comme je l’ai dit c’est vraiment très bien que des places nous soient réservées mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir frustrer de n’avoir pour me garer que six mètres carrés dans ces longues rames, de devoir être tout au bout avec les vélos. Cela na rien d’un caprice, c’est un élan de liberté, dans un monde qui nous est encore trop hostile.

J’ai beaucoup repensé à cette femme et je sais très bien que bons nombres de mes concitoyen-ne-s partagent ses idées. Les personnes handicapées sont exigeantes, irrespectueuses, se croient tout permis. Sans aucun doute qu’il en existe de pareilles, après tout on peut être handicapé-e et con-ne.

Ce que je remarque c’est qu’à force de renoncements, d’obstacles, de privations, certaines personnes en situation de handicap peuvent devenir aigries. Et qui ne le serait pas ? Je ne vais pas vous faire la liste de toutes les difficultés que nous rencontrons au quotidien, ce serait trop long et ça me démoraliserait, mais je peux vous assurer qu’aucune personne valide ne tolérerait ce que nous vivons sous prétexte que ce n’est pas adapté pour elle. Imaginez un monde où vous seriez la seule ou le seul à entendre et dans lequel l’unique moyen de communiquer serait la langue des signes. C’est vrai qu’il est difficile de se mettre à la place de l’autre, surtout quand la situation ne fait pas rêver, mais un brin d’empathie ne fait pas de mal.

Bien entendu je n’excuse pas pour autant les comportements extrêmes, dans un sens comme dans l’autre. Cette femme n’était pas en droit de m’agresser, comme je n’ai pas à agresser quelqu’un qui serait assis à « ma » place. D’un tempérament mesuré, je fais le pari du dialogue et de la concertation, même si je vous avoue être souvent découragée par la lenteur du système, le peu de considération dont nous faisons l’objet et ces regards encore trop difficiles à vivre.

Je crois qu’il y a un juste milieu à trouver pour réussir à mieux vivre tous ensemble. Un compromis entre celles et ceux qui en font trop et les autres qui s’en foutent royalement. Un équilibre où je ne serais plus une bête curieuse mais un être humain qui mérite un plus d’attention que d’ordinaire.

En attendant des jours meilleurs je souhaite, comme à mon habitude, terminer ce billet sur une note positive. Je vais remercier cette agent SNCF chargée de l’accueil des enfants, lui signifier toute ma gratitude pour m’avoir accueillie en tant que maman, en ne faisant aucun cas de mon handicap qui l’a pourtant obligé à modifier ses habitudes. Vous allez me dire « c’est normal ». Oui mais ce n’est pas courant. Cette femme est une rebelle sans aucun doute !

Aujourd’hui, c’est la délicatesse qui est révolutionnaire.

Radovan Ivsic


Premier jour du printemps en Petite France !

Hier pour le premier jour du printemps je suis allé trainer mes roulettes du coté du quartier de la Petite France. Une véritable carte postale pittoresque et un incontournable de Strasbourg. L’occasion de trouver le meilleur chemin pour les futures visites où j’emmènerai mes vacanciers et pour découvrir le « Rinquinquin », délicieux apéritif originaire de Provence servi sur la terrasse de « La Corde à linge » (oui il était 15h, et alors ?).

Évidemment le quartier est difficile en fauteuil roulant à cause des pavés mais ils ne sont pas omniprésents. C’est supportable, surtout maintenant que je sais quelles rues ne pas emprunter. Nul doute que j’y retournerai pour dénicher les meilleurs endroits à visiter.

Mon Journal de Gratitude #15 : celle qui aimait Strasbourg

Et bien ! Presque six mois sans rien écrire, du moins sur le blog. Six longs mois durant lesquels j’ai pensé souvent à venir poser ici quelques mots et quelques maux aussi, vider mon sac parfois trop lourd à porter. Pourtant je n’en ai rien fait. Difficile alors de reprendre le fil de l’écriture. Je me suis dit qu’un Journal de Gratitude serait un bon moyen de retrouver le chemin. Et des raisons d’être reconnaissante j’en ai quelques unes!

Cela commence par Strasbourg. La magnifique Strasbourg. Je ne pensais pas tomber amoureuse de cette ville. Aucune autre n’a eu sur moi cet impact. Ni Grenoble où j’ai vécu plusieurs années, ni Paris que j’ai eu l’occasion de visiter à maintes reprises, ni les quelques autres où j’ai séjourné ou que j’ai pu traverser. Même pas Miami, c’est dire quel sentiment j’éprouve pour cet endroit. Je n’en sais pour l’instant que les incontournables déjà visiter et les quelques rues parcourues, il me tarde de la découvrir davantage et de vous en faire profiter.

Une autre raison d’éprouver de la gratitude, et qui est directement liée à Strasbourg, est d’avoir retrouvé une certaine autonomie. Ces presque vingt-quatre dernières années j’ai vécu en totale dépendances dans mes déplacements. Sans permis, en pleine campagne, j’étais tributaire d’abord de mes parents, puis d’Ex-Chéri-Coco, puis de mes accompagnantes pour la moindre sortie : courses, médecin, ciné, école, musique, sport, invitations, … tout devait être planifié. Depuis 6 mois je (re)découvre la liberté d’aller et venir. J’en ai eu les larmes aux yeux lorsque pour la première fois j’ai emmené les Lionnes seule chez le médecin. Ce qui vous parait tellement normal relevait de l’Everest pour moi. Aujourd’hui c’est simple comme un aller-retour en tramway. Et je ne cesse de me sentir pleine de reconnaissance d’avoir pu venir m’installer ici, envers moi-même qui ai eu le courage de tout quitter, et envers celui qui reste présent et soutenant malgré nos différends.

Vous l’aurez compris mon déménagement, bien qu’il me fasse me sentir parfois seule loin de ma famille et des mes ami-e-s, est sans doute le meilleur choix que j’ai pu faire ces quatre dernières années. Je suis allé au cinéma bien plus souvent en six mois que durant ma vie toute entière où j’ai vu entre autre :

L’improvisation et la spontanéité ont pris une place dans mon quotidien, donnant à mes journées de nouvelles couleurs. J’ose espérer que mon état de santé plutôt précaire ces derniers temps va s’améliorer et que l’arrivée de mon nouveau fauteuil va me permettre de sortir, rencontrer, découvrir, sentir et ressentir toujours plus l’énergie de cette ville et de ses habitant-e-s. Sur cette note optimiste je vous dresse une liste absolument non exhaustive de mes derniers kifs :

  • Participer à un atelier d’écriture qui fait du bien.
  • Savoir prendre les choses qui me touchent avec de plus en plus de sérénité.
  • Oser les rencontres, telles qu’elles soient.
  • Déserter les réseaux sociaux avec de plus en plus de facilité et de plaisir.
  • Réussir (presque) à dire non et en tout cas ne plus toujours dire oui.
  • Être une femme fabuleuse et une maman qui déchire, n’en déplaise aux mauvaises langues !

Belle fin de weekend à toutes et tous <3

Instant présent

Voilà un long moment que je n’écris pas. Même le rendez-vous dominical de mon Journal de Gratitude est passé à la trappe ces dernières semaines. Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque, ni les sujets à aborder qui font défaut. C’est simplement que mon déménagement m’a pris énormément de temps et je cours partout. Si, si je vous promets, je n’ai jamais autant eu l’impression de courir. Ça fait maintenant 1 mois que je suis arrivée et j’ai encore un peu le tournis. J’aime le changement et j’aime ma routine. Je vous laisse imaginer le bordel !

Il faut bien l’avouer : préparer seule un déménagement avec un cerveau capricieux et un handicap physique comme le mien, ça relève du défi. Cela demande une certaine organisation, une certaine maitrise, que je n’ai pas (encore) (suffisamment) acquises.  Je pense d’ailleurs que ce ne sera jamais le cas. Je stresse depuis des mois, j’ai peur de ne pas y arriver, j’ai l’impression d’avoir emmerdé le monde avec mes cartons et mes milles inquiétudes.

Pourtant je me répète tout le temps : lâche prise Amélie ! Et j’essaie de toutes mes forces. Mais bordel elle est où cette prise qu’il faut lâcher ? Arrêtez de faire de la rétention d’information et crachez le morceau qu’on en finisse !

Car après des mois à tenter de trouver ce fameux lâcher prise qu’on nous rabâche à longueur d’articles, de bouquins et d’émissions, j’en arrive à la conclusion que c’est impossible. En tout cas pas comme on aimerait nous le faire croire. Lâcher prise ce n’est pas être heureux tout le temps et ne plus être touché par rien. Bien au contraire. Ce n’est pas non plus devenir égocentrique et ne plus penser qu’à soi. Bien au contraire. Tout lâcher, être libre, et frôler le bonheur, je crois que c’est accepter que justement c’est impossible. Je n’utiliserai plus cette expression. Je ne lâche pas prise, j’accepte ce qui est. Et je crois que c’est extrêmement difficile, à moins de n’avoir que ça à faire, d’être un moine ou un ascète.

Et finalement je me rends compte que ce n’est pas ce que je veux. En vrai je veux continuer de ressentir le bon comme le mauvais. Je veux continuer de vivre des expériences heureuses comme malheureuses. La différence aujourd’hui c’est la façon dont j’appréhende toutes ces situations. Pour moi le bonheur commence le jour où tu acceptes que tu ne maitrises rien, que tu n’as le pouvoir sur personne et que chacun est différent au sein de notre fabuleuse humanité. Et c’est vachement chouette une fois que tu as tilté, ça t’ouvre des perspectives insoupçonnées. Ce qui résume le mieux à mon sens cet état d’esprit est la prière des alcooliques anonymes : « Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux changer et la sagesse d’en voir la différence. »

Accepter les choses qu’on ne peut changer c’est admettre ses erreurs et le mal qu’on a pu faire. C’est reconnaître l’autre dans sa différence. C’est cesser de vouloir modeler les gens, les événements, selon nos besoins, nos envies, notre façon de voir le monde. C’est arrêter de ressasser le passé et ne plus être dans le contrôle. Je vous l’accorde ce n’est pas simple. Mais le fait de décider de s’y mettre est déjà une libération.

J’en entends au fond qui chuchotent que ce que je décris est un monde de bisounours. Tellement pas. Être un bisounours c’est dire amen à tout, ne pas avoir d’opinion, ne pas faire de choix, ne pas s’indigner. Accepter ce qui est c’est tout le contraire et si on à la sagesse de différencier ce qui peut être amélioré de ce qui est hors de notre contrôle, alors la voie du bonheur s’ouvre à nous.

C’est sur cette touche positive que je termine ce court article. Je vous souhaite un merveilleux dernier weekend de vacances scolaires. Pour nous en ce moment c’est découverte de Strasbourg :)

Mon Journal de Gratitude #11 : celle qui recevait des bonnes nouvelles !

Les fans de la série Friends reconnaitront le petit clin d’oeil dans le titre de ce onzième Journal de Gratitude. J’avais envie de varier un peu après les dix premiers épisodes de la saga, de donner un indice sur l’état d’esprit de la semaine écoulée. Et là tout est dans le titre, j’ai reçu des bonnes nouvelles. En réalité j’ai eu LA bonne nouvelle, celle que j’attendais depuis près de deux mois et qui va permettre de lancer la suite de l’aventure : ma maison est vendue. Mon agent immobilier me dirait : « Amélie attends les 10 jours de rétractation avant de lancer le reste ! ». Mais moi je ne sais pas attendre. Mon compromis a une condition suspensive qui va se réaliser mardi et qui sera définitivement sûre 10 jours plus tard. Le 7 juillet ce sera bouclé et je pourrai vendre pour de vrai fin août. OUF !

L’autre bonne nouvelle c’est la visite la semaine prochaine de deux appartements qui semblent correspondre à ma recherche. Ils sont totalement différents, l’un dans un immeuble hyper moderne et bio climatique à deux pas des centres commerciaux, l’autre dans un bâtiment ancien donnant sur une place jolie et animée aux abords du centre-ville. J’ai une nette préférence pour le second, ses parquets anciens et ses hauts plafonds. Mais je n’ai pas le luxe de faire la fine bouche tant les appartements accessibles (et je ne parlent même pas adaptés) sont rares à la location, surtout aussi grands et dans ce secteur de Strasbourg. J’ose espérer qu’un de ces deux là fera l’affaire, que je puisse me projeter et organiser notre départ.  Dans l’idéal j’aimerais que nous déménagions début août, pouvoir profiter de la fin des vacances pour partir à la découverte de notre nouveau chez nous. C’est que c’est toute une histoire les lionnes à la ville …

Cette semaine m’a apporté bien d’autres raisons d’éprouver de la gratitude et voici la liste des événements pour lesquels je suis reconnaissante :

– les douze ans de Vie N°1 qui grandit si vite, au sens littéral comme au figuré. Du haut de ses 1,70m elle n’a de cesse de m’épater par sa vivacité d’esprit, sa curiosité, sa tranquillité et sa douceur. J’observe avec tendresse l’enfant qui lutte encore face à l’adolescente qui tente de s’imposer. Je ne savais pas avant elle qu’on pouvait autant aimer et que cet amour serait inconditionnel. Je ne savais pas non plus que le coeur d’une mère était si grand qu’une deuxième Vie pouvait y puiser tout l’amour nécessaire. En vérité je ne savais rien de la vie avant de mettre au monde ces deux Vies. Et c’est ma plus grande source de gratitude.

– la journée au grand air avec petit frère et petite soeur, avec ex chéri-coco, avec les amis et les amis des amis. Avec les enfants qui jouent, qui courent et qui rient. Avec l’air un peu trop frais mais on s’en fiche.

– l’après-midi écrasant de chaleur avec les quatre générations de femmes réunies. Parce que malgré nos différends il existe des liens qui ne se défont pas.

– la rencontre d’un couple épatant d’humanité et de sagesse, qui promet un beau projet dont j’aurai sans doute l’occasion de vous parler.

– et ce dimanche à quatre qu’on vit au ralenti, terminant au théâtre pour assister à la représentation de Vie N°1 et ses camarades de classe.

Je vous souhaite à toutes et tous une très belle semaine. Pour ma part je l’espère synonyme d’autres bonnes nouvelles. Rendez-vous dimanche prochain ;)

Nous transportons le monde au fond de nous même !

Je ne crois pas avoir déjà évoqué dans mes précédents billets le projet de mon déménagement. Il trotte dans ma tête depuis très longtemps, plusieurs années à vrai dire et même bien avant mon divorce. J’ai enfin trouver le courage de le concrétiser. Le déclic a eu lieu en septembre dernier. Je travaillais sur un groupe d’accès à la culture pour APF France Handicap et en découvrant le programme de la saison culturelle sur Besançon je me suis rendue compte que je passais à côté de nombreux événements intéressants. Et non seulement moi mais mes deux lionnes également. Car pour l’instant aller au cinéma ou décider de prendre un verre en terrasse nous demande une certaine organisation qui bien souvent me décourage. Je rêve de spontanéité.

Cela n’engage que moi mais je crois qu’avec ex-chéri-Coco nous avons eu au début de notre relation et pour des raisons totalement différentes besoin de nous isoler. C’était inconscient bien entendu mais nous avons réuni les conditions nécessaires à cette solitude en duo sans nous en rendre compte. Nous avons acheté une ferme comtoise rassurante aux murs épais. À l’abri de cette vieille bâtisse nous nous sentions en sécurité. Nous avons adopté plusieurs chiens pour le bien-être desquels nous avons écourté des journées en famille ou des soirées entre amis. Nous sortions rarement. Nous recevions encore plus rarement. C’était lui et moi contre le reste du monde. Et même si je ne regrette pas cette période, même si je pense qu’elle était nécessaire, il y a un moment où c’est devenu compliqué.

La ferme rassurante et sécurisante est devenue oppressante, froide et sombre. À chaque fois que nous rentrions d’une sortie j’avais le sentiment de retourner dans une grotte. Les lionnes sont arrivées et il a fallut nous ouvrir vers l’extérieur. Nous avons alors bâti la maison dans laquelle je vis toujours, construite pour me rendre la vie facile, avec de l’espace pour nos quatre-pattes, dans un petit village éloigné des ‘grandes’ villes. Un vrai décor de carte postale, on aurait pu nous décliner en playmobils.

Neuf ans plus tard il ne reste que deux chiens miniatures, je vis seule et je ne conduis pas. Le moindre déplacement demande de l’organisation, des moyens humains et  financiers. Il est grand temps de retrouver un minimum d’autonomie et de spontanéité. Ce sont les principales raisons de notre déménagement.

Une autre raison est venue s’ajouter à la pile ces derniers temps et je la pensais vraiment très bonne. L’envie de recommencer à zéro. Qui n’a jamais eu ce désir ? Vivre dans un endroit où personne ne sait rien de ton passé.  Personne pour te parler de ‘avant’. Avant ton accident. Avant ton divorce. Avant telle ou telle connerie. J’en rêvais. Comme si changer de lieu pouvait tout effacer et remettre le compteur à zéro. Ce serait trop facile.

Là où tu vas, tu es !

Déménager, changer de nom, tout plaquer. Cela ne sert à rien. Tu restes la même personne où que tu sois.  Si tu ne décides pas de changer tu pourras courir le monde, tu vivras toujours les mêmes choses, tu réagiras toujours de la même façon et au final tu voudras partir plus loin. J’ai compris ça en lisant un tout petit conte qui en substance raconte ceci :

« Un vieux sage appuyé contre la margelle d’un puit situé à l’entrée d’une ville observait les allées et venues des passants. Dans la journée deux hommes le saluèrent et lui posèrent la même question : ‘Comment sont les gens ici ?’. Le premier était un jeune homme accompagné de son âne, venant d’un village éloigné et que le père avait envoyé faire du commerce en ville. Le second était un homme plus âgé menant une lourde carriole tiré par deux chevaux et qui souhaitait refaire sa vie. À chacun le vieil homme posa la même question en guise de réponse : ‘Comment étaient les gens chez toi ?’. Le jeune marchand expliqua que dans son joli village les habitants étaient gentils et qu’il y comptait beaucoup d’amis. Le vieux sage lui répondit alors que c’était pareil ici, qu’il allait se plaire et lui souhaita la bienvenue. Le second voyageur quant à lui, se plaignit des mauvaises personnes qui peuplaient l’endroit où il vivait, et combien elles étaient méchantes et lui voulaient du mal. Le sage lui déconseilla alors de s’installer en lui chuchotant que les gens d’ici n’étaient guère plus aimables et qu’il valait mieux qu’il aille chercher ailleurs la vie dont il rêvait. Déçu l’homme s’éloigna en grommelant. Un gamin qui avait tout entendu s’approcha du vieux sage et l’interrogea sur la raison pour laquelle il avait répondu différemment aux deux hommes. Ce dernier répondit : ‘C’est très simple mon enfant, nous transportons le monde au fond de nous-même’. 

Cette petite histoire paraît simple mais elle est pourtant riche d’enseignements et pour ma part elle m’accompagne chaque jour dans mon projet. Déménager oui mais garder à l’esprit que je reste la même, avec mes qualités et mes défauts, mes failles qui me font sans cesse répéter les mêmes erreurs et surtout que j’emporte avec moi mes presque quarante années d’aventures que je ne peux pas effacer. D’ailleurs je ne le veux pas. Et puis ce passé qu’on aimerait parfois gommer se rappelle à nous régulièrement, nous remet face à nos manquements, nous oblige à nous remettre en question. Alors autant faire avec plutôt que de lutter contre …

porte

Initialement mon déménagement était prévu pour Besançon car j’y ai toutes mes activités associatives et beaucoup d’ami.e.s. Puis Belfort pour des raisons grave merdiques. Puis (re) Besançon. Puis Biarritz quand j’en ai eu ras le bol de tout et de tout le monde (ça va Éric je plaisante). Puis (re)(re) Besançon. Oui je suis une girouette et je le vis très bien merci. Et finalement on va où ??? À Strasbourg !!! Ah ah vous ne l’attendiez pas celle là (et surtout pas toi Éric). Notre petit trio migre vers le nord et va s’installer à la super grande ville ! Oui ok c’est pas Paris mais quand même ! Je vais pouvoir souffler grâce à un mode de garde plus équilibré et mes lionnes vont retrouver avec bonheur leur papa et leur petite soeur. Je ne manquerai pas de vous conter mes aventures car évidemment ça s’annonce corsé, entre le manque d’accessibilité des appartements et les déboires administratifs, ça promet d’être passionnant. Parfois je me dis que ma vie serait bien monotone sans ce foutu handicap. On se console comme on peut !